Catastrophes naturelles : quelles sont les villes les plus vulnérables de France ?

Nice et ses environs subissent plus de dégâts dus aux intempéries que n’importe quel autre endroit en France. Cette zone, située dans les Alpes-Maritimes, cumule des centaines d’arrêtés de catastrophes naturelles depuis 1982 et a été touchée par de dramatiques inondations le 3 octobre 2015 (20 morts).

Nice, capitale des catastrophes naturelles

_En résumé_
Les données sur les catastrophes naturelles nous permettent d’identifier la zone la plus vulnérable du pays. Elle est située dans les Alpes-Maritimes et s’étend de part et d’autre de Nice. Cette région subit des dégâts matériels dus aux inondations quasiment chaque année depuis 1990, le plus souvent en automne. Cette zone a toujours été propice aux inondations en raison de son climat et de sa géographie. Néanmoins, l’impact de l’urbanisation sur la fréquence et l’ampleur des dégâts causés par les intempéries est incontestable. Quant à l’influence du réchauffement climatique, les climatologues manquent de recul pour se prononcer.

15 des 20 premières villes situées dans les Alpes-Maritimes

Depuis 1982, la quasi intégralité des communes de France métropolitaine a été concernée par un arrêté de catastrophe naturelle: 36 077 communes sur un total de 36 552. Certaines beaucoup plus régulièrement que d’autres. Le classement est largement dominé par Nice avec 63 arrêtés, soit près de 2 par an. Le plus frappant, c’est que les trois quarts des villes de ce classement se situent dans les Alpes-Maritimes. Ces 15 communes cumulent plus de 500 arrêtés de catastrophe naturelle depuis 1982. Sur la carte, elles forment une zone d’un peu plus de 50 km de long. Cette bande de terre, fortement urbanisée, coincée entre la mer Méditerranée et les Alpes, est donc l’endroit en France qui subit le plus fréquemment des catastrophes naturelles.
 
Toutes les intempéries qui causent des dégâts matériels en France ne sont pas automatiquement considérées comme des catastrophes naturelles. C’est l’État qui publie ou non un arrêté les qualifiant comme telles. Ce document atteste que des dommages matériels ont été causés par « l’intensité anormale d’un agent naturel ». Il peut s’agir d’inondations, de coulées de boue, de sécheresses ou, plus rarement, d’avalanches et de séismes. Les assurés couverts ne peuvent être indemnisés que si l’État délivre cet arrêté, à condition d’en faire la demande au plus tard 10 jours après sa parution au Journal officiel.
 

_A lire avant de poursuivre la visite_
Pour mieux comprendre les caractéristiques des catastrophes naturelles dans cette zone, l’ensemble des graphiques qui suivent ne prennent en compte que les données des 15 villes des Alpes-Maritimes du classement ci-dessus.

 

Les inondations à l’origine de 60 % des arrêtés

 L’automne, saison des inondations

Les 15 communes maralpines sont touchées majoritairement par les inondations. Elles se produisent le plus souvent lors du passage des “épisodes cévenols”, pluies diluviennes typiques du climat méditerranéen en automne. Lors de ces orages violents et stationnaires, les cours d’eau connaissent des crues spectaculaires. L’eau s’écoule alors des reliefs pour s’accumuler dans les vallons, inondant les habitations. Ces phénomènes peuvent aussi être à l’origine de coulées de boue et de glissements de terrain. A Cannes, le 3 octobre 2015, près de 2 mètres d’eau sont tombés en seulement deux heures selon les relevés de Météo France.

Des dégâts plus fréquents depuis les années 1990

Depuis 1991, au moins une des 15 communes a subi une inondation, excepté en 2001 et 2007. Dans les années 1980, elles ont connu trois années consécutives sans sinistre, chose qu’on n’imagine plus aujourd’hui et qui ne devrait plus se reproduire à l’avenir. En cause: l’impact de l’urbanisation sur l’écoulement des eaux, sans oublier les nombreuses constructions dans des zones vulnérables. La population cumulée de ces 15 communes a augmenté d’un peu plus de 50 % en cinquante ans. Entre 1962 et 2012, elle est passée de 485 000 à 744 000 habitants selon les données démographiques de l’Insee.

L’ urbanisation pointée du doigt


Crédit photos : geoportail.fr

A Antibes, la population a plus que doublé entre 1962 et 2012 (de 35 000 habitants à plus de 75 000). La majorité des terres vierges ont ainsi disparu comme on peut le constater sur les photos aériennes ci-dessus. Les hauteurs de la ville, jusqu’alors peu construites, se sont particulièrement urbanisées ces trente dernières années. Les sols poreux ont laissé la place à des bâtiments ou à des routes goudronnées. Conséquence : des sols imperméabilisés sur lesquels l’eau de pluie s’écoule à toute vitesse vers les zones vulnérables.

«  Difficile d’évaluer l’impact
du réchauffement climatique  »

Aujourd’hui, malgré des soupçons qui se renforcent chaque année un peu plus, il est difficile d’évaluer avec précision l’impact du réchauffement climatique. Des études de grande ampleur sont en cours pour estimer son influence sur la fréquence et l’intensité des intempéries, comme le projet HyMeX sur le cycle de l’eau en Méditerranée. Son coordinateur, Philippe Drobinski, directeur de recherche au CNRS, expliquait dans une interview au Monde le 4 octobre 2015 que les spécialistes du climat « manquent de recul » pour « faire le lien entre la tendance de fond du réchauffement et les épisodes météorologiques ponctuels ». Il reconnaît aussi que le lien entre précipitations extrêmes et réchauffement est l’un des plus compliqués à appréhender pour les climatologues.

Joachim Dauphin

_Décrypteur de données_
Les données sont librement téléchargeables région par région sur le site prim.net. Elles se présentent sous la forme d’une ligne de tableau par arrêté de catastrophe naturelle. Les colonnes indiquent la ville, le département, la cause des dégâts, la date précise de début et de fin de l’événement ainsi que la date de publication de l’arrêté au Journal officiel. A noter qu’un même événement peut avoir touché par exemple 500 communes et donc être à l’origine de 500 arrêtés.
Une fois les fichiers régionaux rassemblés dans un seul et même tableur, il compte 149 471 lignes. C’est le nombre exact d’arrêtés prononcés entre la création du statut en juillet 1982 et mai 2015. En consultant le Journal officiel, j’ai pu mettre à jour le fichier pour les 20 villes du classement au 7 octobre 2015, jour de publication des arrêtés concernant les inondations du 3 octobre 2015 dans le Var et les Alpes-Maritimes.

Des données utilisées par les compagnies d’assurance

Ces données n’ont pas été collectées directement par le ministère de l’Ecologie mais par la Caisse centrale de réassurance (CCR). L’une des missions de cette société anonyme, détenue à 100 % par l’État, est de permettre aux assureurs de couvrir des périls dits « potentiellement inassurables ». Il s’agit du risque nucléaire, du terrorisme et des catastrophes naturelles. En participant au comité interministériel (qui rend un avis consultatif au ministre pour l’aider à décider du classement ou non), elle peut récupérer ces données à la source. Peu de raisons donc de douter du sérieux avec lequel elles sont collectées. D’autant plus que la CCR les utilise aussi pour mieux identifier les zones vulnérables, anticiper les coûts des sinistres et vendre du conseil aux compagnies d’assurances.
Ces dernières utilisent ces données notamment pour ajuster le montant de la franchise en fonction du lieu de résidence du sinistré. En effet, à partir de trois catastrophes naturelles au cours des cinq dernières années, son montant double. La franchise peut même quadrupler si cinq arrêtés ont été prononcés sur la période.

Les données complètes ici

lasuperbecarte